Madame la Ministre Glatigny,
Madame la Ministre Degryse, 

Comment portez-vous votre engagement politique ? En partant d’une logique d’épargne à tout prix ou bien en témoignant, avant tout, d’une détermination à soutenir un corps enseignant passionné ? A soutenir leur engagement de travailler, jour après jour, avec nous, les élèves, pour nous apprendre à bâtir le monde de demain ? Compte tenu du fait que l’école peut servir de boussole pour les jeunes dans un monde de plus en plus polarisé, dans un monde où la radicalisation gagne chaque jour du terrain, où l’instabilité et les inégalités sociales sont une réalité quotidienne. Compte tenu de l’urgence de l’école d’être un lieu émancipateur, comment pouvez-vous, en tant que Ministres, prétendre lui permettre de garder ce rôle essentiel pour les citoyens de demain, tout en augmentant la charge de travail de nos professeurs, tout en réduisant le budget de la gratuité scolaire, tout en augmentant considérablement le minerval des études supérieures ? 

Mesdames les Ministres, nous avons, aujourd’hui plus que jamais, besoin de professeurs passionnés et passionnants, présents pour leurs élèves, capables de nous pousser au dépassement de soi, capables de nous apprendre à entreprendre, à vivre en société. 

Par cette lettre nous vous affirmons, avec toute la conviction que nous pouvons porter, que ce n’est pas en économisant sur le budget des infrastructures scolaires, de la stabilité des professeurs et de leur sécurité sociale que vous poussez l’école, dans son ensemble, à incarner le rôle primordial qu’elle doit pourtant pouvoir représenter. 

En tant que société, nous ne pouvons pas nous permettre d’avancer avec seulement une partie privilégiée de la population, or, ces réformes désavantagent largement les publics déjà vulnérables. Nous refusons de voir notre enseignement devenir encore plus élitiste.

Voilà pourquoi nous sommes consternés d’apprendre vos réformes. Au risque de nous répéter: nous ne voulons pas d’un enseignement stérile et anti-social. Pour cette raison, nous témoignons ici notre soutien et solidarité avec les professeurs dans leur mouvement de grève ainsi que notre refus catégorique d’être instrumentalisés comme argument contre ces grèves.

Mesdames les Ministres, détrompez-vous : d’autres solutions sont possibles, tout en faisant  des économies. Ne serait-ce pas votre responsabilité d’inspirer la confiance et l’espoir en l’enseignement dont vous avez la charge et non pas le mépris ? Mesdames les Ministres, nous comptons sur vous pour ne pas miner durablement l’avenir de vos plus jeunes concitoyens, qui représentent le pilier de la société de demain. 

Vous nous prêtez régulièrement des inquiétudes, des volontés, mais nous écoutez-vous réellement ? Pour vous aider à entendre nos voix, nous avons décidé d’accompagner cette lettre d’un témoignage de deux élèves de rhétorique explicitant quels impacts vos réformes auront directement sur nous, en espérant que vous en prendrez sérieusement compte.

La réforme de l’enseignement : les jeunes ont des choses à dire

Nous, élèves, ressentons une urgence à faire entendre notre réalité à travers nos propres voix face au décret-programme du 30 avril 2026.

Cette réforme propose de diminuer les financements consacrés à l’enseignement. L’augmentation de la charge de travail des professeurs aurait de graves répercussions sur l’apprentissage des élèves. Tout d’abord, augmenter le temps de travail des enseignants participerait à la perte des aides supplémentaires, essentielles à la réussite des élèves en difficulté. En effet, de nombreuses remédiations et méthodes d’accompagnement personnalisé pourraient être amenées à disparaître. Les plus affectés ne seront donc pas les professeurs, mais bien ceux qui bénéficient directement de leurs enseignements, nous, élèves. Nous en subirons tous les conséquences : moins de professeurs pour nous encadrer, des classes surchargées, des infrastructures délaissées, une réduction du chauffage, du matériel insuffisant et un manque de moyens pour rénover les établissements. Cet appauvrissement progressif de l’environnement scolaire ne peut qu’appauvrir l’enseignement lui- même.

Les sorties et projets scolaires, qui représentent pour beaucoup de jeunes leur seul accès à la culture, risquent également d’être fortement mis en péril. Ces opportunités sont aussi synonymes de rencontres, d’échanges et d’ouvertures ; ce qui nous montre l’investissement de nos professeurs au quotidien. Nous priver de ces occasions creuserait davantage l’écart social et mènerait l’éducation sur le chemin de l’élitisme ; une direction que nous refusons catégoriquement de suivre.

De plus, l’augmentation du minerval pour les élèves du supérieur restreindrait considérablement l’accès aux études et aggraverait les inégalités sociales. La précarité, déjà bien présente chez les jeunes étudiants, ne ferait qu’augmenter. De nombreux étudiants travaillent déjà pour financer leur éducation ; il leur serait impossible de travailler davantage sans compromettre leur réussite. Des élèves du secondaire sont même contraints d’avoir recours à un job étudiant pour espérer, un jour, accéder aux études supérieures. Ce constat révèle un glissement inquiétant au cœur de notre société : la rentabilité prend le pas sur l’apprentissage, sur l’ouverture au monde et sur la culture. Autrement dit, on choisit le travail à la place de l’école. Est-ce vraiment cela « investir dans l’avenir », quand cet avenir est rendu chaque jour un peu moins accessible à ceux qui en ont le plus besoin ?

Au travers de cette lettre, nous vous affirmons que les économies budgétaires ne renforceront pas la qualité de l’enseignement. Au contraire, suite à ces décrets, le rôle que l’école détient au sein de notre société sera bouleversé. Nous aspirons à un enseignement ouvert, inclusif et porteur de sens ; pas à une école qui ferme ses portes à ceux qui en ont le plus besoin. En pénalisant systématiquement les plus vulnérables, ces réformes ne font pas avancer la société ; elles la fracturent. Nous sommes portés par quelque chose de plus fort que ces réformes : nos convictions. La conviction que l’école vaut mieux que ça. La conviction que chaque élève mérite une chance égale d’apprendre, de grandir et de s’épanouir. La conviction que l’avenir ne se construit pas en faisant des économies en pénalisant la jeunesse. Les budgets peuvent être réduits. La charge de travail des professeurs peut être alourdie. Le minerval peut continuer à augmenter. Mais nos voix, quant à elles, ne se feront pas taire. Car derrière chaque chiffre de cette réforme, se cache un visage, une histoire, un avenir – et cet avenir, c’est le nôtre.

Lamote Melchior, Mullen Alicia et Reis da Silva Clara

Des élèves parmi tant d’autres.

Pour signer la lettre aux côtés de Melchior, Alicia et Clara, complète ce formulaire

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