La Ministre de l’Enseignement face aux élèves
À la suite de la rencontre organisée le mercredi 7 octobre entre la Ministre de l’Enseignement et la délégation de 10 élèves portée par le CEF, les échanges ont permis de confronter directement les revendications des jeunes aux choix politiques et budgétaires du gouvernement.
Si la Ministre partage une partie des constats présentés par les élèves, les réponses apportées s’inscrivent dans une logique de gestion budgétaire bien éloignée des attentes du terrain. Après deux heures d’échanges préparatoires, les élèves ont décidé de porter auprès de la Ministre, les thèmes prioritaires suivants : la valorisation du métier d’enseignant-es, l’égalité des chances et la lutte contre les inégalités scolaires, la valorisation du qualifiant et le renforcement de l’encadrement des élèves et enfin, la démocratie scolaire.
La valorisation du métier de professeur.e
Le constat des élèves : Des profs débordés, une précarité qui décourage les jeunes profs diplômés et des conséquences directes sur le suivi des élèves (heures de fourche, pas de remédiation, plusieurs profs sur l’année dans certaines matières, achat de matériel avec de l’argent personnel des profs,…).
La réponse de la Ministre : La Ministre reconnaît la fatigue des équipes et l’instabilité du début de carrière. Pour y répondre, elle met en avant la création de contrats à durée indéterminée (CDI) pour stabiliser les jeunes profs, une hausse salariale de 5 % pour les diplômés de la formation en 4 ans, et des réductions d’horaires pour les débutants et les plus de 60 ans.
Le point de désaccord : Pour lutter contre la pénurie et boucler le budget, la Ministre défend l’augmentation du temps de cours dans le secondaire supérieur (passant de 20 à 22 périodes), notamment en s’alignant sur les enseignants du degré inférieur (prestant déjà 22 périodes) ou les instituteurs (prestant encore deux périodes de plus). Une mesure contestée par les élèves, qui estiment que les enseignants du degré supérieur ont besoin de plus de temps hors classe, notamment car la charge des travaux à corriger est plus importante que dans le degré inférieur (TFE, travaux plus complexes,..). Par ailleurs, les élèves estiment également que faire travailler plus des enseignants déjà surchargés n’est pas la solution pour rendre le métier attractif et les découragent davantage.
L’égalité des chances et le financement de l’enseignement
Le constat des élèves : Baisse des moyens dans les écoles, augmentation des coûts pour les familles, et arrêt des projets de repas gratuits qui privent de nombreux élèves de leur seul repas chaud de la journée car les moyens ne sont plus suffisants et la plupart des écoles ont donc décidé d’arrêter le dispositif (pour les élèves du fondamental), manque de moyens également pour les services à destination des élèves comme les CPMS.
La réponse de la Ministre : La Ministre a expliqué à la délégation qu’il ne s’agissait pas d’une suppression de l’aide au repas chaud mais confirme bien que les montants ont été réduits mais redirigés vers les écoles ayant un public plus fragile. Désormais, ce sont les établissements qui choisissent librement d’allouer ces fonds à la soupe, aux repas ou à d’autres projets d’établissement. Un complément d’information a également été apporté sur le milliard qui est investi dans les nouvelles écoles ou leur rénovation (déjà voté sous la précédente législature).
Le point de désaccord : L’argument du remboursement de la dette est une nouvelle fois avancé pour ne pas reporter la charge de cette dernière sur les générations. Pour les élèves, les économies ne peuvent pas être faites sur l’enseignement qui doit rester une priorité absolue, dans lequel on ne désinvestit pas. La question a été soulevée de savoir si les coupes ne sont pas faites dans l’enseignement, où ces dernières peuvent-elles être faites dans les autres secteurs de la FWB ? Les élèves n’ont pas pu répondre à cette question, estimant qu’ils n’étaient pas économistes non plus mais qu’ils souhaitaient être propositionnels.
La valorisation du qualifiant
Le constat des élèves : Un manque criant de matériel de base dans les ateliers, des locaux vétustes et le sentiment que les coupes budgétaires touchent de manière importante les filières techniques et professionnelles dont les réformes précédentes ont déjà parfois limité le choix pour les élèves qui souhaitent faire des 7ième.
La réponse de la Ministre : La Ministre a reconnu les retards accumulés dans la rénovation des infrastructures et que cela était dû à plus de 40 ans de non-investissement qu’il faut désormais rattraper. Une partie de ces fonds provient des fonds européens débloqués pendant la période Covid et servent à financer de nouveaux équipements et la construction de nouvelles écoles qui commencent à être inaugurées. Certaines écoles du qualifiant ont également pu en bénéficier.
Le point de désaccord : Pour optimiser les coûts, la Ministre assume la fermeture de petites options à très faibles effectifs et le basculement de certaines 7èmes années vers l’enseignement pour adultes (anciennement l’enseignement de promotion sociale). Les élèves dénoncent une logique purement comptable qui crée des freins supplémentaires pour poursuivre des études.
Donner une vraie place à la voix des élèves
Au-delà des thématiques techniques, les élèves ont réaffirmé leur volonté d’être écouté-es et pris-es au sérieux dans leurs revendications autour des décisions qui impactent leur quotidien. En réponse, la Ministre a proposé d’ouvrir un temps dédié dans le calendrier scolaire pour faire remonter les propositions des élèves vers le ministère, une piste qui devra être discutée avec le gouvernement et les acteurs de l’école.
Debriefing de la rencontre
Le CEF se satisfait déjà de l’ouverture de la Ministre et du gouvernement d’être prêt à écouter ce que les élèves ont à dire. Cependant, les élèves ne sont pas dupes et attendent également de la part du gouvernement une réelle prise au sérieux de leurs revendications et la volonté de questionner les choix politiques qui ont été réalisés et qui sont vécus pour les élèves comme un réel désinvestissement dans les conditions d’apprentissage.
Après cette rencontre, le CEF a également été convié à la séance d’inauguration du nouveau Comité d’Avis de l’Enseignement avec l’ensemble des acteurs de l’école. Notre participation reste toutefois encore limitée bien que nous ayons eu confirmation que nous devrions être invités aux différents moments de travail.
En interne, le CEF tentera également d’améliorer ses processus participatifs pour garantir à ce que chaque élève puisse s’exprimer et trouver un espace de dialogue avec d’autres élèves pour construire leurs messages et revendications.