Violences signalées lors des mobilisations
Violences signalées lors des mobilisations : un front commun d’organisations appelle à des réponses immédiates et rappelle que les droits des jeunes ne sont pas négociables
72 organisations et collectifs, mobilisés par le Comité des Élèves Francophones, expriment leur colère, leur indignation et leur profonde préoccupation face aux nombreux témoignages reçus ces derniers jours concernant le traitement réservé à des jeunes, souvent mineurs, lors de mobilisations organisées à Bruxelles et ailleurs en Wallonie.
Les récits qui nous sont rapportés font état de situations que nous jugeons particulièrement graves : mises en nasse, privations de liberté, impossibilité pour certains jeunes de contacter leurs parents ou une personne de confiance, pressions psychologiques, comportements humiliants et, pour certains témoignages, violences particulièrement préoccupantes.
Face à de tels signalements, le silence n’est pas une option. Nous considérons qu’il est de notre responsabilité collective de dénoncer ces situations, d’exiger que toute la lumière soit faite sur les faits rapportés et de demander des mesures rapides afin que de tels événements ne puissent se reproduire.
Nous souhaitons l’affirmer clairement : nous croyons les jeunes qui témoignent.
Nous croyons les jeunes lorsqu’ils disent avoir eu peur. Nous croyons les jeunes lorsqu’ils décrivent des situations qu’ils ont vécues comme violentes, humiliantes ou traumatisantes. Nous croyons les jeunes lorsqu’ils nous disent s’être sentis privés de leurs droits ou intimidés dans l’exercice de leurs libertés fondamentales.
Croire les jeunes ne signifie pas renoncer à établir objectivement les faits. Cela signifie reconnaître que leur parole mérite d’être entendue, respectée et examinée avec sérieux. Trop souvent, la parole des enfants et des adolescents est minimisée ou remise en doute au seul motif qu’ils sont jeunes. Nous refusons cette logique.
C’est précisément parce que nous prenons ces témoignages au sérieux que nous demandons que toute la lumière soit faite rapidement, que les responsabilités éventuelles soient établies et que des mesures concrètes soient prises afin que de telles situations ne puissent se reproduire.
Les droits des jeunes ne s’arrêtent pas lorsqu’ils manifestent
Les jeunes disposent des mêmes libertés fondamentales que tout citoyen.
La liberté d’expression, la liberté de réunion pacifique et le droit de participer au débat démocratique sont garantis par la Constitution belge, la Convention européenne des droits de l’homme et la Convention internationale relative aux droits de l’enfant.
Cette dernière rappelle notamment que les enfants et les jeunes ont le droit d’exprimer librement leur opinion sur les questions qui les concernent, de se réunir pacifiquement, ce que l’essentiel des mobilisation sont, et de ne pas être privés de liberté de manière arbitraire.
Nous refusons également le double discours qui consiste à encourager les jeunes à développer leur esprit critique, à participer à la citoyenneté et à s’engager dans la vie démocratique lorsqu’ils soutiennent certaines décisions, puis à remettre en cause leur légitimité lorsqu’ils expriment un désaccord avec les autorités ou les adultes.
Former des citoyens critiques implique d’accepter qu’ils puissent questionner, interpeller et parfois contester les décisions qui concernent leur avenir. L’engagement démocratique des jeunes ne peut être valorisé lorsqu’il est confortable et disqualifié lorsqu’il dérange.
Refuser les amalgames et regarder la réalité en face
Depuis plusieurs jours, une partie du débat public tend à se concentrer sur certains incidents survenus en marge des mobilisations. Nous refusons que ces épisodes servent à masquer la question centrale : celle du traitement réservé à des centaines de jeunes venus exercer pacifiquement leur droit de s’exprimer.
Oui, certains comportements individuels peuvent être condamnables.. Mais rien ne permet de justifier des interventions disproportionnées, des intimidations ou des violences à l’encontre de jeunes qui ne représentaient aucune menace particulière.
Les témoignages recueillis montrent que des élèves ont parfois été confrontés à des interventions brutales alors même qu’ils n’étaient impliqués dans aucun acte répréhensible. Cette réalité mérite d’être reconnue et examinée avec la plus grande attention.
Nous refusons que quelques incidents, largement médiatisés, servent à discréditer l’ensemble d’un mouvement ou à faire disparaître du débat les revendications portées par des milliers de jeunes. Réduire une mobilisation à ses débordements les plus visibles revient à ignorer l’immense majorité des élèves qui se sont exprimés de manière pacifique, responsable et démocratique.
Nous refusons également que la réponse apportée à la mobilisation d’une jeunesse inquiète soit d’abord et avant tout sécuritaire.
Car ces mobilisations disent quelque chose de plus profond. Elles révèlent le sentiment, partagé par de nombreux jeunes, de ne pas être suffisamment entendus lorsqu’il est question de leur avenir. Elles révèlent aussi une inquiétude grandissante face à des perspectives qui paraissent parfois se refermer : crise climatique, précarité, difficultés d’accès au logement, tensions sociales ou encore perte de confiance dans les institutions.
Lorsqu’une partie de la jeunesse estime que sa parole ne compte plus, lorsqu’elle a le sentiment que les espaces de dialogue se réduisent ou que ses préoccupations sont systématiquement minimisées, la défiance s’installe et les tensions augmentent.
La réponse à cette situation ne peut pas être uniquement policière. Elle doit être démocratique. Elle doit être politique. Elle doit commencer par l’écoute, la reconnaissance de la parole des jeunes et le respect de leurs droits fondamentaux.
Pour un maintien de l’ordre fondé sur la protection et le dialogue
De nombreux témoignages font état d’un sentiment d’insécurité et d’intimidation provoqué par certains dispositifs déployés lors des mobilisations.
La présence de chiens, sans muselière, l’exposition visible de matraques, le déploiement d’équipements anti-émeutes, d’agents cagoulés ou de matériels à caractère militaire ont contribué, selon de nombreux jeunes, à créer un climat anxiogène.
Pour des élèves, souvent mineurs, venus exercer un droit démocratique fondamental, ces dispositifs revêtent un caractère répressif, en plus d’alimenter un sentiment de peur et de menace. Ils ne peuvent être perçus comme un cadre de protection.
Sans préjuger de la légalité ou de la nécessité de certains dispositifs dans des contextes particuliers, nous estimons que les interventions impliquant un nombre important de mineurs doivent privilégier une logique de dialogue, d’écoute, de médiation et de désescalade.
Les jeunes doivent pouvoir se sentir protégés lorsqu’ils exercent leurs droits, et non dissuadés de les exercer.
Nous appelons dès lors les autorités policières locales et fédérales à développer une approche davantage orientée vers l’accompagnement des mobilisations, le contact avec les jeunes et la prévention des tensions plutôt que vers des démonstrations de force susceptibles d’alimenter l’escalade.
Nos demandes
Les organisations signataires demandent :
- l’ouverture d’enquêtes indépendantes sur les incidents signalés ;
- une communication transparente des autorités sur les interventions ayant impliqué des mineurs ;
- le respect strict du cadre légal applicable aux mineurs lors de tout contrôle, retenue ou privation de liberté ;
- la garantie effective pour tout mineur privé de liberté de toujours pouvoir contacter rapidement ses parents, une personne de confiance ou un avocat ;
- une formation renforcée des forces de l’ordre aux droits de l’enfant ;
- la mise en place d’un mécanisme de signalement accessible aux jeunes qui estiment avoir subi une atteinte à leurs droits ;
- la publication de données relatives aux interventions impliquant des mineurs lors de manifestations ;
- la désignation d’une instance indépendante chargée d’évaluer le respect des droits des mineurs lors des mobilisations récentes et de formuler des recommandations publiques ;
- la mise en place de protocoles spécifiques pour l’encadrement des manifestations impliquant un nombre important de mineurs et des jeunes, privilégiant la médiation, le dialogue et la prévention.
Nous appelons également l’ensemble des partis démocratiques à condamner sans ambiguïté toute violence illégitime commise à l’encontre de jeunes manifestants et à s’engager publiquement à garantir le respect effectif des libertés fondamentales des jeunes.
Défendre les droits des jeunes, c’est défendre la démocratie
La manière dont une société traite ses jeunes lorsqu’ils s’expriment, débattent ou contestent des décisions qui concernent leur avenir est un indicateur de la vitalité de sa démocratie.
Nous refusons que la peur, l’intimidation ou les amalgames deviennent la réponse apportée à une génération qui demande simplement à être entendue.
Les élèves ont le droit de participer au débat public. Les pouvoirs publics ont le devoir de garantir que cette participation puisse s’exercer dans le respect de leur sécurité, de leur dignité et de leurs droits fondamentaux.
Aujourd’hui, nous choisissons d’écouter les jeunes, de prendre leur parole au sérieux et de porter leurs témoignages dans l’espace public. Nous appelons l’ensemble des institutions démocratiques à faire preuve de la même exigence : entendre les jeunes, reconnaître les éventuels manquements qui ont pu être commis, réparer lorsque cela est nécessaire et prendre toutes les mesures utiles pour que de telles situations ne puissent plus se reproduire.
Le silence, le déni ou la minimisation ne permettront pas de restaurer la confiance. Seule une réponse fondée sur la vérité, la responsabilité et le respect des droits fondamentaux pourra y parvenir.
Signataires :
Académie Citoyenne Bao-Jeunesse
Action Médias Jeunes
Ambassadeurs d’expression citoyenne
Amnesty International Belgique francophone
AMO Color’Ados
AMO Droit des jeunes (Liège)
AMO AtMOsphères
AMO Mikado
Centre d’Action Laïque (CAL)
Centres d’Entraînement aux Méthodes d’Éducation Active (CEMÉA)
Centre d’Organisation et d’Animation de Loisirs Actifs (COALA)
Centre de Jeunesse Liège (CJLg)
Collectif Recherche et Expression (CREE)
Comité Inter-Universitaire des étudiants en Médecine (CIUM)
Confédération des Organisations de Jeunesse (COJ)
Comme un Lundi
Compagnons Bâtisseurs asbl (CB)
CGSP Admi
CGSP-Enseignement
CGSP Ministères
IRW-CGSP-Culture
Centre d’Informations et de Documentation pour Jeunes (CIDJ)
CNE Non Marchand
CSC-Enseignement
CSC Culture
CSC Services Publics
Défense des Enfants International – Belgique (DEI)
DéFI Jeunes
Délégué Général aux Droits de l’Enfant (DGDE)
Dynamo International
Excepté Jeunes
Indications
JAVVA
Jeunes CSC
Jeune Et Citoyen
Fédération ARCHIPEL
Fédération des Etudiants Francophones (FEF)
Fédération Infor Jeunes Wallonie Bruxelles (FIJWB)
C-PAJE
Fédération des Associations de Parents de l’Enseignement Officiel (FAPEO)
Fédération des équipes SOS Enfants
Fédération Francophones des Écoles des Devoirs (FFEDD)
Fédération des Initiatives Locales pour l’Enfance (FILE)
Fédération des Maisons de Jeunes (FMJ)
Forum des Jeunes
Infor Jeunes Bruxelles
IRW-CGSP-CULTURE
Jeunes FGTB
Kaleo
Les ateliers populaires
Les Scouts – Fédération des Scouts Baden-Powell de Belgique
Ligue des droits humains (LDH)
Ligue des familles
Latitude Jeunes
Loupiote asbl
Mouvement des Jeunes Socialistes (MJS)
Nature et Loisirs ASBL
Observatoire de l’Enfance, de la Jeunesse et de l’Aide à la Jeunesse (OEJAJ)
Ocarina
OXYJeunes
Philocité
ProJeuneS
PromoJeunes
Promo Jeunes AMO
QuinoaRelie-F
Réseau Wallon de Lutte contre la Pauvreté (RWLP)
Service Droit des Jeunes – Bruxelles (SDJ)
Service d’Initiatives et d’Actions des Jeunes (SIAJ)
SETCA-Sel
SETCa Non Marchand
Vacances Vivantes
Union francophone des associations de parents de l’enseignement catholique (UFAPEC)